Violences collectives et traumatismes intentionnels

Amel, ou l'errance en quête d'un dieu

La situation d’Amel offre une illustration clinique des conditions et des effets de la transmission d'un traumatisme intentionnel, d'une génération à la suivante, issue d'un contexte de guerre. Là où l'on voit comment le traumatisme auquel un parent a été soumis, continue, 50 ans plus tard, d'agiter les enfants de la fratrie et leur inscription culturelle et identitaire dans un univers ordonné, clairement défini, les rendant candidat à de nouvelles transformations. Cette situation est aussi un argument pertinent montrant la façon dont le groupe de parole peut s’imposer comme dispositif technique dans la prise en charge des adolescents migrants de seconde génération : Comment l’élaboration d’un tel dispositif peut naître des nécessités techniques d’une intervention thérapeutique ? Quels sont les points de focalisation du clinicien, susceptibles de le conduire à aménager son dispositif ? Finalement, comment la clinique contraint sans cesse le thérapeute à inventer de nouvelles solutions méthodologiques ?

Raphaël, ou comment survivre à l'exil des communautés juives disparues

Raphaël H. a aujourd’hui 20 ans. Sa mère, originaire d’égypte, consulte avec lui du fait des comportements inquiétants de Raphaël depuis environ deux ans. Nous les avons d’abord reçus ensemble, puis Raphaël seul. Selon sa mère, Raphaël s’est progressivement écarté de ses amis, est devenu maussade, renfermé sur lui-même – alors qu’il était auparavant plein d’humour et de vie. Il a perdu l’appétit et a beaucoup maigri. Brillant étudiant, il a, de la même façon, délaissé ses études universitaires en histoire et aux langues orientales où il étudiait l’arabe, l’araméen et l’hébreu. Ces douze derniers mois, Raphaël refuse d’adresser la parole à quiconque, sauf à son grand-père paternel - vieil homme érudit, fils du dernier grand Rabbin d’égypte, réservant ses dernières années à l’étude des textes sacrés – qu’il continue de visiter régulièrement. Hormis ces sorties, Raphaël s’enferme dans sa chambre durant de longues heures, d’où s’échappent de temps à autres des paroles en hébreu, souvent incompréhensibles pour la mère, si ce n’est que ... 

Note de réflexion sur la dépression

La dépression est aujourd'hui comme une « bulle spéculative » qui mange les différentes manières de souffrir. Ce processus d’expansion est complexe : les thérapeutes apprennent à voir les patients sous l’angle des symptômes qui permettent de repérer une dépression quelle que soit l’expérience du patient. Parallèlement, les patients apprennent à formuler leurs plaintes avec les mots disponibles et crédibles qui sont aujourd’hui ceux de la dépression. La dépression se diversifie en de multiples entités (dépression masquée, dépression récurrente brève, dysthymie, trouble obsessionnel compulsif, anxiété sociale généralisée, stress post-traumatique, dépression masculine versus dépression féminine, etc.) qui ont pour seul point commun de devoir être traitées par des antidépresseurs. Si, dans les années cinquante, la dépression est un trouble mental si rare, que les laboratoires pharmaceutiques ont alors refusé de financer le développement de molécules apparentées au premier neuroleptique (la chlorpromazine) ...